Résumé
L’ère industrielle de l’Innovation est désormais une réalité. Elle impose, entre autres, un renouveau des pratiques de conception dans
les entreprises. Pour le concepteur, cela se résume par une nécessaire
reconstruction de son rapport aux savoirs ; revoir la façon dont il
fait usage du spectre des connaissances existantes pour accroître ses aptitudes à
faire face aux nouvelles exigeances que l'innovation impose.
Depuis près de deux décennies, La TRIZ s’impose
comme une approche théorique très outillée permettant pour partie de
faire face à ces exigences. Ce cours a pour vocation de donner à
l'étudiant un apperçu, aussi précis que possible en quelques séances,
de ce que sont les fondamentaux de la TRIZ, au sens de l’usage qu’il
pourrait en faire dans des pratiques professionnelles d'ingénieur.
La TRIZ : Historique, fondamentaux et enjeux
Depuis près de deux décennies la TRIZ s’impose comme une approche théorique très outillée permettant de faire face aux situations de recherche de concepts de solution dans l'industrie notamment. Des bilans de ses usages ont été formulés et des résultats attestent de ses potentiels. Pourtant, à cette heure encore, les perceptions de chacun concernant cet énigmatique acronyme font légion et ses résultats affichés, en entreprise, dans l’enseignement et en recherche sont souvent sujets à controverse. Si un titre d’article résume bien cet état de faits, c’est celui publié dans le magasine « Industries et Techniques» de Philippe Beaufils en Juin 2001 où il formule l’expression suivante : « La TRIZ intrigue, dérange, séduit… ».
Introduction, contexte
Les objets techniques (les artefacts), se complexifient à mesure que la technique évolue. La demande de l’homme face à l’apparition d’artefacts sur le marché obéit à des besoins formulés ou latents dont les exigences font preuve au fil des années de sans cesse plus d'impatience. Dans le même temps, le pouvoir d’achat des familles est en hausse et le coût moyen d’accès aux innovations proposées par le marché baisse. La résultante en est un accroissement perpétuel de la consommation de produits nouveaux avec comme incidence majeure pour les industries, la nécessité de reconstruire leurs capacités de conception tant au niveau des compétences humaines que méthodologiques. Cette nécessité prend racine dans le fait que les pratiques de conception actuelles dans l’entreprises sont nées sous l’ère de la qualité, et leurs fondements visaient à satisfaire le postulat principal de cet ère : optimiser l’existant au sens de sa “valeur”. Or, le contexte décrit plus haut annonce, tout comme la plupart des gestionnaires et économistes,que notre industrie est entrée, depuis près de trois décennies déjà, dans l’ère de l’innovation.
Cette situation amène un questionnement :
Les savoirs, les méthodes et les pratiques destinés à assister l’homme dans des tâches de conception visant à optimaliser la qualité des biens et des services (élaborés sous l’ère de la qualité) sont-ils adaptés à des contraintes imposées par l’ère de l’innovation ?
Trois éléments fondamentaux nous amènent à penser que non :
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• L’inadéquation entre l'accroissement du rythme et de la nature des sollicitations à la créativité humaine et ses capacités objectives ;
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• L’inadéquation entre l’étendue des connaissances à maîtriser face à la complexité croissante des artefacts et l'inertie qu'ont les entreprises à se spécialiser toujours d'avantage dans quelques domaines spécifiques.
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• L’incohérence de faire usage d’outils construits sous l’ère de la qualité (donc reposant sur des fondements d'optimisation) alors que l’entreprise évolue sous l’ère de l’innovation (et souffre d'autres maux).
Face à cette situation, il paraît opportun d’organiser un renouveau (un changement substantiel) des méthodes utilisées en conception. Ce changement semble imposé par les mutations des organisations de l’ère de la qualité vers l’ère de l’innovation.
Ce changement peut, à notre avis, s'articuler autour de 3 axes et doit induire également une reconstruction de nos pratiques en conception :
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Axe 1 : Changements comportementaux : il est nécessaire de reconstruire les compétences des concepteurs, plus précisément concevoir de nouveaux référentiels d’enseignements des savoirs régissant de nouvelles pratiques.
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Axe 2 : Changements méthodologiques : il est nécessaire de reconstruire les méthodes permettant à ces nouvelles pratiques d’être en cohérence avec les exigences de l’ère de l’innovation.
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Axe 3 : Changements pratiques : il est nécessaire de bâtir les outils (informatisés ou non) permettant les bonnes pratiques de ces méthodes.
Un bref aperçu historique
Le lecteur intéressé par les origines de la TRIZ est invité à consulter le Web et les articles publiés dans divers sites mentionnés à la fin de ce document. Dans ce paragraphe, nous tenons à limiter notre représentation historique de l’arrivée de la TRIZ à la France, ce qui en soi, se veut être une nouveauté prenant en compte d’autres éléments éventuellement déjà publiés sur ce sujet. Nous limiterons cet aperçu aux seules premières années (1991-2000) car la multiplicité des évènements ensuite ne permet pas d’être exhaustif dans ce type d’article.
Les premières traces de l’arrivée de la TRIZ remontent à 1991, où un membre éminent de l’UNESCO, le Professeur Christo Boutzev, participa à une présentation donnée par M. Valery Tsurikov, alors président d’une société dénommée “Invention Machine” et dont le siège venais d’émigrer de Minsk à Boston. Intrigué par la présentation de M. Tsurikov, présentant alors un outil informatique construit sur les bases d’une théorie d’origine soviétique, M. Boutzev (dont le pays d’origine était la Russie) se senti investi du désir de renseigner les Français sur l’existence de cette théorie supportée par un outil informatique. Il s’attela donc à la tâche d’écrire un ouvrage en Français sur la TRIZ et sa déclinaison logicielle d'alors. Cet ouvrage, aujourd’hui encore, n’est qu’un manuscrit et ne fut jamais publié faute d’avoir trouvé un mécène voulant assurer sa diffusion. La contribution de M. Boutzev à la diffusion de la TRIZ s’arrêta là. La suite remonte à 1995, où M. Avraam Serediski, d’origine Russe et arrivé en France depuis 1991, alors professeur dans un lycée technique à Poitiers, fut contacté par des représentants de la Société Invention Machine pour devenir leur distributeur en France. En parallèle de cette tâche, M. Seredinski débuta ses premiers enseignements de la TRIZ à des sections de Techniciens Supérieur en Electrotechnique.
En 1995 à l’INSA de Strasbourg (alors encore appellée ENSAIS), un mémoire de DEA en Génie des Systèmes Industriels puis une thèse visant dans un premier temps à dresser un état de l’art des pratiques de conception en recherche et dans l’industrie furent soutenus. Par le biais du Laboratoire de Recherche en Productique de Strasbourg (le LRPS, aujourd’hui devenu Laboratoire en Génie de la Conception - LGECO), l’école tenta de mesurer l’état de diffusion de cette théorie en France, le constat fut clair : aucun retour d’expérience ne faisait l’objet d’une publication ni d’une pratique quelconque en France. L’INSA de Strasbourg s’attela par la suite à la tâche de comprendre, enseigner et transférer à ses élèves ingénieurs et partenaires industriels les éléments des savoirs développés par les russes dans le cadre de la formalisation de cette théorie.
La suite annonce la prise de conscience de l’importance de ce que la TRIZ bouleverse et l’ex-ENSAIS aidé de la région Alsace, investi dans la création et le soutien d’une équipe de recherche chargée du développement de nouveaux savoirs, des curriculums d’enseignement pour le supérieur et l’industrie, de pratiques d’expert pour favoriser le transfert des nouveaux savoirs vers le monde de l’entreprise.
Les évènements s’accélèrent ensuite et les premières expériences industrielles voient le jour : MGI Coutier, PSA Peugeot Citroën, Renault, EDF permettant toutes de statuer de l’efficacité de la TRIZ dans un certain contexte. Plus tard, les ENSAM de Paris et d’Angers initient des actions et rejoignent un consortium Entreprise/Enseignement/Recherche s’associant pour fonder TRIZ France, association Francophone des Utilisateurs de la TRIZ.
Quelques dates clés concernant la France :
- 1991 : Première présentation officielle de la TRIZ par M. Tsurikov à l’UNESCO à Paris. Christo Boutzev écrit un manuscrit résumant la TRIZ qui ne sera jamais publié.
- 1995 : Premier article de presse dans le quotidien de la Vienne “Centre presse” : “TRIZ un méthode qui donne à penser”.
- 1996 : Premier état de l’art publié dans un mémoire de DEA.
- 1997 : Première publication dans une revue scientifique “La Revue Française de Gestion Industrielle”.
- 1997 : Premiers enseignements de la TRIZ en Ecole d’ingénieurs dans la section Mécatronique de l’INSA de Strasbourg (ex-ENSAIS).
- 1998 : Première expérimentation industrielle de la TRIZ chez l’équipementier automobile MGI Coutier (qui donnera naîssance à un brevet).
- 1998 : Création de l’association TRIZ-France par ses membres fondateurs (EDF, Renault, PSA, MGI Coutier, ENSAM, INSA Strasbourg (ex-ENSAIS).
- 1999 : Publication de la première Thèse de Doctorat.
- 2000 : Première « action collective » soutenue par les pouvoirs publics en Région Alsace pour supporter les usages de la TRIZ dans le tissus des PME Alsaciennes.
La TRIZ et sa représentation générique
Le contexte de la création de la TRIZ
 Inutile de revenir sur le père fondateur de la TRIZ, Genrich Altshuller (1926-1998), son nom appartient désormais à l’histoire et sa contribution reste unanimement reconnue. Revenons en revanche sur l’aspect structurel qui aura permis à la TRIZ de prendre sens et de pouvoir être érigée au rang de théorie.
La situation initiale des fondateurs de la TRIZ part du constat que l’inventeur, grâce à des mécanismes cognitifs qu’il ne sait pas expliquer, résout une contradiction lorsqu’il propose une solution à un problème. Il s’avère que certains inventeurs proposent des solutions qui sont d’un faible niveau d’inventivité, et d’autres qui engendrent de véritables découvertes. Les fondateurs de la TRIZ ont alors investigués ce qui caractérisait une action inventive “forte” d’une action inventive “faible” et ont mis en lumière que la première condition à remplir pour prétendre qu’un problème d’invention trouve une solution, c’est qu’une contradiction devait être résolue sans compromis.
Le second constat fut de remarquer que ce qui caractérise ces démarches cognitives repose dans l’ensemble des savoirs déjà synthétisés par l’homme dans d’autres domaines de spécialités. La difficulté pour l’individu se limite donc à l’accès à ces savoirs fondamentaux aux vues d’une infinie diversité de situations spécifiques.
L’inventeur agit avec génie, mais ce génie ne s’explique pas, tel était le constat avant l’arrivée des théories d’Altshuller, qui lui, prétend que les démarches cognitives d’un inventeur peuvent faire l’objet d’une synthèse, permettant la création de démarches méthodologiques qui structureront la façon dont une action de résolution de problèmes peut-être menée. Restait ensuite à faire cette synthèse d'une certaine partie de la connaissance humaine, et les champs d’investigation des fondateurs de la TRIZ furent impressionnants. Un travail titanesque de compilation de tout ces éléments caractérisant les savoirs scientifiques et technologiques de l’humanité s’est donc engagé, il aura duré près d’un demi-siècle et investi le temps et l’énergie d’un bon millier de personnes (réparties dans près de 200 centre de l’ex- URSS) enthousiastes coopérant avec les fondateurs de la TRIZ. Leur premier niveau de détail sera donné dans un paragraphe ultérieur.
Les fondements
Tous unanimes, sociologues et managers dépeignent aujourd’hui la capacité d’un individu à “résoudre les problèmes” comme la compétence fondamentale de l’homme dans la société du 21ème siècle. Ils rejoignent par ce constat bon nombre de mathématiciens, physiciens qui avaient déjà de longue date qualifié également cette capacité comme essentielle. Néanmoins, seule la conception dans son entier fit l’objet de l’attention des chercheurs en sciences de l’ingénieur, alors que les chercheurs des sciences humaines (notamment les psychologues) se consacraient à accroître les aptitudes créatives de l’homme.
La TRIZ, elle, s’est concentrée sur la « Résolution Inventive » des problèmes en commençant, dans un premier temps, par définir ce qui caractérise l’inventivité. Les méthodes et outils qui auront ensuite été synthétisés visent à supporter l’acte de résolution dans ce but inventif, considérant ainsi qu’un acte dit “classique” de résolution est actuellement bien supporté par des approches maîtrisées et conventionnelles telles que les plans d’expérience, le calcul numérique, l’optimisation par le compromis, etc....
Le processus de re recherche de solutions pour initier des phases de développement est actuellement conduit comme l’illustre le schéma suivant :
Une telle approche (aussi qualifiée de divergente), comporte d’évidentes limites. La plus évidente est qu’à aucun moment le processus ne garanti une recherche exhaustive de solutions, ni même que la direction suivie soit la plus appropriée. La pertinence d’une telle démarche repose sur l’hypothèse qu’un des participant de la session possède la solution dans l’ensemble de ses connaissances lors des séances de créativité et qu’il construise un concept (une idée) lors de la phase de divergence (phase 2).
La vision qu’il convient de donner de ce qu’est la TRIZ aujourd’hui est la suivante :
Définition :
La TRIZ est une théorie de la Résolution Inventive des Problèmes posés par l’évolution des systèmes techniques reposant sur trois axiomes caractérisant ses fondements.
Axiome 1
Un ensemble de lois objectives caractérisent les logiques d’évolution des systèmes techniques.
Corollaire : Une évolution cohérente se caractérise par la résolution d’une contradiction en concordance avec les lois objectives.
Axiome 2
Tout problème peut se réduire à la formulation d’une contradiction.
Corollaire : Si il n’est pas possible de formuler clairement une contradiction, c’est qu’il n’y a pas de problème inventif à résoudre.
Axiome 3
Tout système technique est contraint par un ensemble de conditions spécifiques qu’il convient d’intégrer dans la problématique de son évolution.
Corollaire : Une condition spécifique intervient comme une restriction de l’aire de recherche permettant la convergence vers un concept de solution au problème.
Discussions sur les fondements
Axiome 1 : Axiome des lois d’évolution
L’analyse de l’historique d’évolution de l’objet technique aura poussé bon nombre de chercheurs à émettre une théorie selon laquelle des lois caractérisant ses évolutions pourraient être formulées. Notons à ce propos les contributions de G. Simondon, Y. Deforges, et bien d’autres. Les fondateurs de la TRIZ sont allés au-delà, puisque de par leur culture des sciences fondamentales et des liens évidents entre l’axiome 1 et l’existence des lois, la formalisation de ces lois devint inéluctable. Leur forme actuelle, essentiellement littérale, a cependant un niveau de définition permettant une exploitation dans des démarches de conception. L’essence même de leur utilité dans un projet ou une entreprise n’est pas à ce jour clairement formalisé mais il apparaît en revanche clair qu’elles sont un maillon incontournable des problématiques liées à l’anticipation, à la cartographie (roadmapping) des solutions techniques, à la génération de scénarii d’évolution des technologies. Autant d’éléments de pilotage qui, lors d’une démarche de résolution de problèmes conduite avec la TRIZ, nous sert de guide dans la réflexion puisque l’évolution passe non seulement par la résolution d’une contradiction, mais par une résolution conduisant l’objet technique dans le sens d’une cohérence avec les lois.
Il existe Huit lois (définies au sens d’Alsthuller) caractérisant les tendances d’évolution des systèmes techniques divisées en 3 catégories :
Les lois statiques
Loi d’intégralité : Les constituants essentiels d’un système technique (moteur, transmission, travail, contrôle) sont présents, assument correctement le rôle qui leur est dévolu dans sa strucure.
Description graphique de la loi 1 et de ses composantes (outil, objet, énergie, Fonction Principale Utile, Elément Moteur, Elément de Transmission, Elément de Travail, Elément de Contrôle):

Loi d’efficience : L’énergie traverse, sans déperditions, les constituants du système technique.
Loi d’harmonie : La concordance (ou la dissonance forcée) de forme, de rythme, de couleurs, de régime,… entre deux constituants (ou entre ces derniers et l’énergie ou l’objet) se doit d’être optimisée dans l’objectif de maximiser la Fonction Principale Utile (FPU).
Les lois cinématiques
Loi d’idéalité: La notion « d’idéal » s’évalue par le rapport entre les performances du système technique et les dépenses énergétiques qu’il use pour assumer sa FPU. La notion d’ « idéal absolu » s’obtient lors que l’objet assume sa FPU sans aucune dépense.
Loi d’irrégularité interne: L’état de maturité (d’avancement technologique) des constituants laisse apparaître des inégalités, générant ainsi l’arrivée de nouvelles contradictions, obstacles à lever pour la poursuite de l’évolution du ST.
Loi de transition au supersystème: Le cycle de vie du ST s’achève et l’évolution logique n’a d’autres issues que sa disparition au profit d’un de ses supersystèmes qui, à son tour, poursuivra l’évolution de sa FPU.
Les lois dynamiques
Loi de transition vers le microniveau: L’évolution de l’efficience de la FPU passe par une évolution de l’organe de travail d’un état vers un autre plus concassé en suivant cette logique : Solide-Granulés-Liquide-Champ-Plasma.
Loi de dynamisation et de contrôllabilité: L’évolution de la structure du ST passe par l’introduction, en son sein, d’un dynamisme lui approtant plus de flexibilité et autorisant un meilleur contrôle des effets de la FPU. La logique de dyanisation peut se concevoir comme suit : Monobloc, 1 pivot, Plusieurs pivots, Flexible (souple), Liquide, Gaz, Champ.
Axiome 2 : Axiome de la contradiction
Bien que la notion de contradiction remonte à la Grèce antique et à l’histoire des fondements philosophiques de la pensée chinoise du yin-yang, la notion de contradiction a été exploitée par les fondateurs de la TRIZ dans l’optique de représenter l’essence primaire de la naîssance d’un problème. Cette notion caractérise le premier apport majeur de la TRIZ qui stipule que tout problème partant d’un ensemble d’élément pouvant le définir peut être modélisé, afin d’être résolu, sous la forme d’une contradiction. Une situation initiale posant problème n’est qu’un amalgame d’élément de connaissance, de certitudes, de vécu, ajoutant à la confusion pour l’esprit de l’homme. Nous sommes ici face au syndrome que nous impose l’évolution de la complexité des systèmes techniques. Par une multiplicité des éléments en interrelation dans les éléments des connaissances afférentes au problème, la racine de ce même problème ne peut être trouvée parce que ce problème échappe aux capacités de l’homme à le comprendre. Le mode de représentation par la contradiction a donc été construit et il existe aujourd’hui dans la TRIZ quatre types de contradiction :
La contradiction sociale :
La description du problème contient des exigences en lien avec l’homme, la société. On y trouve un conflit entre l’homme et la technologie (les modes de production). Le problème comporte la description d’un résultat désiré alors qu’aucun élément n’élucide quoique ce soit dans sa définition.
La contradiction organisationnelle :
La description du problème contient des exigences d’organisation, de stratégie, de gestion ou de managment. On y trouve un conflit entre l’homme et le système technique. Le problème laisse apparaître quelques éléments permettant sa compréhension mais aucun permettant d’induire des paramètres qui le caractérisent.
La contradiction technique :
On trouve dans la description du problème un conflit entre les paramètres du système technique étudié. Ces paramètres sont en opposition et l’amélioration des uns semble porter préjudice aux autres.
La contradiction physique :
La description se fait au nivreau le plus petit de la matière (jusqu’au niveau des phénomènes physiques concrets). On trouve dans ce type de problèmes un conflit clair, basé sur l’opposition directe entre des états (valeurs) diamétralements opposés.
Enfin, concluons que la contradiction révèle l’existence d’une opportunité d’évolution. Dans l’expectative où cette contradiction n’est pas clairement établie, l’existence d’un problème est donc remise en cause sans pour autant remettre en question la nécessité de comprendre la situation initiale.
Axiome 3 : Axiome des conditions spécifiques
Nous nous trouvons ici face à un axiome déjà partagé par bon nombre de démarches de conception. Il stipule qu’il convient d’intégrer dans la problématique de l’évolution de l’objet, l’ensemble des éléments spécifiques liés à sa situation (normes, budgets, plannings, choix stratégiques, ...). Ces éléments interviennent comme autant de restrictions d’une aire de recherche qui, au départ est si vaste qu’elle englobe toutes les connaissances que l’homme a déjà formalisées. Puis par l’ajout de restrictions, une action de convergence s’organise et élague petit à petit cet aire de recherche pour qu’aidé de l’axiome 2, les potentialités d’évolution conduisent vers des hypothèses de résolution du problème en nombre très restreint.
Cet ensemble de fondements sont ici très résumés et, à notre sens, une totale compréhension de ces trois axiomes s’avère indispensable avant d’aller plus avant dans l’apprentissage de la TRIZ et surtout de ses pratiques.
Description structurelle
Dans notre volonté de résumer en quelques pages l’essentiel de ce qui est à comprendre sur la TRIZ. Notre choix concernant son mode de représentation graphique prendra la forme suivante:
Ce qui est à comprendre dans ce schéma, c’est qu’à la base, un ensemble de connaissances élucidées au travers de l’activité inventive humaine et formalisée dans des écrits, des bases de données ou des pratiques constituant les “connaissances” qu’il conviendra d’exploiter sous une forme modélisée ou non. L’accès à ces connaissances est orchestré par existence dans la TRIZ d’outils et de méthodes fonctionnant en étroit lien, puisque les méthodes doivent ici être entendues au sens de procédures structurant le déroulement d’un ensemble d’actions. Les outils, pour leur part, conservent le rôle classique d’être construit pour servir un but précis et quasi-immédiat d’usage, leur place en tant qu’éléments d’une méthode est donc évident.
Les Connaissances
Connaissances initialement observées
Elles constituent le coeur des bases de données synthétisées par les fondateurs de la TRIZ, ces bases aujourd’hui ont parfois une forme informatique ou logicielle, mais souvent elles ont une forme modélisée de la connaissance humaine facilitant leur lien avec le modèle de solution proposé par les outils de la TRIZ. A la base des investigations quatres domaines particuliers ont fait l’objet des investigations des fondateurs de la TRIZ :
Les pointeurs d'effets
Les outils
Ces outils sont, au sens de la TRIZ, un ensemble d’éléments de la théorie permettant de réaliser une action précise en cohérence avec le déroulement de l’étude. Ils nous proposent également d’agir tel des éléments artisants de la résolution d’un problème. Tout comme le reste du corpus de connaissance de la TRIZ, ces outils ont été batis sur les bases des analyses de ce que les fondateurs de la TRIZ ont analysés.
Quelques exemples d'outils faisant parti du corpus de connaissances de la TRIZ:
La matrice de résolution des contradictions techniques:
Les méthodes
Elles représentent les procédures structurées utiles à la mise en œuvre des conaissances de la TRIZ. Les systèmes d’étapes qui les composent permettent d’orchestrer l’ensemble des phases de la formulation et de la résolution d’un problème technique.
Quelques exemples de méthodes appartenant au corpus de connaissance de la TRIZ:
La modélisation Vépole (ou Substances-Champ):
L'ARIZ l'algorithme de mise en oeuvre de la TRIZ:
Les variantes des pratiques de la TRIZ
L’ensemble cohérent des éléments décrits dans le paragraphe précédent nous porte à comprendre que l’usage des méthodes et outils de la TRIZ doit également se conduire en accord avec ses fondamentaux (ses trois principaux axiomes). Or l’expérience des diffusions vécues dans les milieux industriels et aujourd’hui d’enseignement nous poussent à décrire l’existence d’autres pratiques de la TRIZ en un mode que nous qualifieront de “limité” parce que faisant le choix de n’utiliser qu’une partie des potentiels de la TRIZ en limitant les usages de ses contenus. Deux catégories de mode limités se distinguent aujourd’hui :
- Le mode réduit : Il caractérise un certain nombre de pratiques reposant en partie sur les fondamentaux de la TRIZ mais en en ayant réinterprété les contenus de manière à les simplifier par leur élagage. Des outils et méthodes basés sur la TRIZ ont donc sur les bases de ce principe vu le jour et font le compromis de l’avantage d’apparaître comme plus simple d’apprentissage mais de n’offrir qu’un résultat appauvri de ce que la TRIZ mise en oeuvre de façon exhaustive aurait pu fournir.
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- Le mode contradictoire : Il caractérise les usages de certains outils, méthode ou fondamentaux de la TRIZ mais dans une orientation contraire à un ou plusieurs de ses trois axiomes de base. Notamment ceux consistant à intégrer l’usage des outils avec d’autres modes de formulation des problèmes que ceux sous une forme de contradiction. Ceux visant à doper le Brainstorming par l’usage des outils ou méthodes de la TRIZ en visant donc la liste d’idées et non la réduction de l’aire de recherche.
Ces pratiques, supportées ou non par des outils logiciels et des démarches de conseil, ne sont en rien préjudiciables à la TRIZ puisqu’elles constituent des initiatives louables d’usage partiel d’éléments de la TRIZ. En revanche, l’erreur à ne pas commettre c’est de croire qu’en ayant expérimenté un mode dégradé de la TRIZ, son résultat est représentatif de ce que TRIZ est ou aurait pu faire. Les deux principaux dangers issus de cette confusion sont (par exemple pour une entreprise ou une organisation) de conclure à l’inefficacité de la TRIZ sur les bases d’une pratique dégradée et plus importante erreur (par exemple pour un système éducatif) initier des enseignements de la TRIZ en modes contradictoires et ainsi d’engendrer une confusion sur sa valeur intrinsèque, qui comme chacun sait, conduira à sa disparition en dépit de sa puissance.
La TRIZ et ce qui nous perturbe à sa lecture
Les savoirs que l’on nous enseigne dans nos écoles ancrent nos certitudes et conditionnent en nous un certain nombre de modèles. Ces modèles, au fur et à mesure que nous les pratiquons, prennent racine en nous et plus notre expertise dans leur usage devient grande au fil des années, plus il devient difficile de s’en soustraire. Concernant la résolution de problèmes, un certain nombre de ces modèles entrent en contradiction par rapport aux fondements de la TRIZ. Nous y voyons là le coeur des difficultés d’acceptation de la TRIZ dans notre société.
Difficulté 1 : Les outils d’aide à la créativité et leur mode de fonctionnement avancent que l’acte de génération d’idées se doit d’être provoqué par des “déclencheurs” favorisant l’émergence. Ils conduisent souvent à la multiplication de ces dernières et la performance d’un acte créatif devient donc le nombre. La quantité émise fait systématiquement l’objet d’un tri à posteriori.
Par opposition la TRIZ stipule que l’effort initial de réduction de l’aire de recherche conduit à poser son problème sous la forme d’une contradiction, puis la confrontation de ce modèle de problème à un modèle de solution donne lieu à la construction d’un concept de solution où là, la créativité humaine se déploie avec efficacité vers un nombre très réduit de variantes de solution.
C’est donc d’une prise de conscience de la nécessité de nouvelles pratiques relatives à l’acte créatif qui doit opérer dans les années à venir ; le Brainstorming ayant montré ses limites au regard de la complexité d’une résolution inventive de problèmes.
Difficulté 2: Les modes de représentation de l’objet a concevoir/inventer sont actuellement initiés par une analyse fonctionnelle. Cet outil a pour vocation de donner une représentation claire et structurée des fonctionnalités à l’instant de l’observation de l’objet et dans le cadre d’objectifs stratégiques, tâche indissociable de la constitution d’un cahier des charges, mais la question que nous sommes en droit de nous poser est la suivante : L’analyse fonctionnelle est-elle l’outil adapté à un mode de description qui viserait à initier une démarche créative de rupture, comme l’imposent désormais les modes de conception inventif ? Notre analyse des exigences de la conception inventive nous amène à exprimer trois points comme faisant obstacle à conserver l’analyse fonctionnelle comme mode de représentation de l’objet dans une démarche inventive :
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1. Un mode de conception inventif impose d’aller au delà de satisfaire les besoins clients mais aussi d’observer que la dynamique d’évolution choisie est en concordance avec des lois caractérisant les dynamiques d’évolution de l’objet technique (axiome 2).
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2. Il est nécessaire, pour faire évoluer un objet, de formuler et résoudre les contradictions qui font obstacle à son évolution (axiome 1).
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3. La formulation de contradictions impose une analyse mettant en scène des niveaux d’observation de l’objet variés (Supersystème, Système, Sousystèmes, Eléments, Paramètres, Valeurs). De plus, les modes de représentation de la complexité des interrelations entre ces contradictions doivent également être représentés afin de mener une démarche cohérente de traitement de ces contradictions.
C’est donc un nouveau mode de représentation du système technique et de la complexité que pose son évolution qui doit faire l’objet d’un développement.
Conclusions et perspectives d’usage
Des maîtres mots, apparaissant de manière explicite dans les discours de “penseurs” contribuant à ces mutations (sociologue, historiens, chercheurs,…). Ils gravitent toujours autour des même thèmes : « Gestion et organisation de la connaissance », « Gestion des processus d’innovation », « Aide à la Formulation de problèmes », « Outils d’aide à la gestion de la complexité des systèmes techniques », « Outils favorisant la transdisciplinarité et le lien entre la stratégie et la production».
La TRIZ, dans la description qui en fut faite dans les paragraphes précédents et dans les retours des expériences menées dans l’industrie, a démontré que ses fondements sont construits en respect des problématiques liées à la complexité de l’objet, à l’exploitation structurée de la connaissance fondamentale et à des pratiques visant la rupture inventive plutôt que celle du compromis temporaire ou de l’optimisation. Il semble donc logique que la TRIZ soit promise à jouer, dans les années à venir, un rôle clé dans une reconstruction inéluctable de nos savoirs, de nos pratiques. L’avenir nous dira si, au-delà des travaux de recherches déjà entrepris, une quelconque autorité prendra en charge cette lourde tâche d’orchestrer ces changements dans nos modes d’enseignements, dans nos pratiques et qu’elle ira au delà de simples voeux pieux pour se traduire en investissements supportant les nécessaires recherches et développements à entreprendre.
Dans de nombreuses publications, les limites de la TRIZ auront également été présentées. Ces analyses invitent les milieux de recherche à entreprendre des activités vouées à élargir les potentiels de la TRIZ, à accroître l’efficience des usages de ses outils et méthodes, envisager l’usage de ses fondements dans d’autres domaines que ceux de la technique. Les fondateurs de la TRIZ ont eux-mêmes entrepris certains de ces travaux dans les pays de l’ex-URSS et en provenance de différents centres, déjà de nouvelles théories émergent (OTSM-TRIZ notamment qui vise à l’élargissement de la TRIZ aux réseaux multi-disciplinaires de problèmes).
Pour finir, en réponse (même quatres années plus tards) aux trois mots employés par Philippe Beaufils dans son article, nous dirons que la TRIZ « intrigue » parce que l’énigmatique acromyme nous provient de l’ex-URSS et que tous les messages qui entourent la TRIZ ont ce coté extraordinaire qui intrigue les plus curieux. Qu’ils sont en outre en phase avec les problématiques émergentes évidentes de notre ère industrielle et que les retours de ceux qui l’auront correctement mis en pratique sont élogieux et de nature à susciter l’éveil de nos curiosités. La TRIZ « dérange » parce qu’elle perturbe nos modèles mentaux par son originalité, pace qu’elle est une tentative d’élucidation de l’inventivité humaine, parcequ’elle nous rappelle inlassablement que nous ne savons que peu de choses comparativement à l’ensemble des savoirs de l’humanité. Comme chacun sait, seule une petite partie des personnes sont aptes à remettre en question leurs propres savoirs, à admettre qu’ils ont pu « avoir tort » et s’autoriser à les reconstruire. Enfin la TRIZ « séduit » parcequ’elle apporte une réponse efficiente aux maux de l’ère de l’innovation. Parceque, lorsque mise en pratique de façon adéquate, ses résultats sont indéniables. Parceque, lorsqu’expliquée clairement, elle fait appel a des éléments de connaissances enfouis et rassurants sur nos propres capacités inventives, autant de signes indiquant que même avant la TRIZ, nous étions déjà créatifs mais que la TRIZ n’a finalement fait que nous le démonter et nous aider à orchestrer l’usage de nos propres savoirs en favorisant les liens avec ceux des autres…
Références
-
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